GRANDE-BRETAGNE - Géographie du Royaume-Uni


GRANDE-BRETAGNE - Géographie du Royaume-Uni
GRANDE-BRETAGNE - Géographie du Royaume-Uni

La Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord constituent le Royaume-Uni, qui s’étend sur 244 030 km2 et abrite, selon les estimations de 1991, 57 500 000 habitants, soit une densité de 235,6 hab./km2. La Grande-Bretagne est elle-même formée de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Écosse, tandis que l’Irlande du Nord n’est que l’extrémité orientale de la seconde des deux grandes îles Britanniques, dont le reste constitue une autre unité politique pleinement indépendante depuis 1949, l’Eire ou Irlande du Sud. L’Angleterre et le pays de Galles occupent ensemble une superficie de 151 120 km2; aux dernières estimations, la population était de 50 600 000 habitants, soit une densité de 335 hab./km2, c’est-à-dire supérieure à celle de la Belgique et inférieure à celle des Pays-Bas (442 hab./km2, la plus forte densité du monde pour un État relativement étendu). L’Écosse a une superficie qui correspond à peu près à la moitié de celle de l’Angleterre et du pays de Galles réunis (78 764 km2), mais elle est beaucoup moins peuplée: avec 5 200 000 habitants, elle n’a que 66 hab./km2, et sa population est à peu près stagnante, alors que celle de l’Angleterre et du pays de Galles augmente encore sensiblement. Enfin, l’Irlande du Nord, ou Ulster, qui couvre 14 146 km2, abrite 1 578 000 habitants, soit une densité de 108 hab./km2.

Ces premiers chiffres montrent que la Grande-Bretagne est loin de former un ensemble homogène: les conditions physiques sont nettement différentes au nord et à l’ouest de ce qu’elles sont à l’est, et surtout au sud-est. Les montagnes d’Écosse, celles du pays de Galles et les petits massifs de Cornouailles, plus arrosés, plus éventés, servent d’abris aux collines et aux plaines des bords de la mer du Nord et du bassin de Londres. L’Irlande du nord elle-même a un relief compartimenté. Dans ce cadre physique morcelé, les entreprises humaines sont très diversifiées: non seulement l’Angleterre est, de toutes les parties de la Grande-Bretagne, celle qui est la plus industrialisée, la plus peuplée, celle qui renferme le plus grand nombre de métropoles, mais, à l’intérieur même de ce cadre, comme à travers tout le Royaume-Uni, les oppositions sont fortes: les Lowlands, peuplés et industriels, contrastent fortement avec les landes et les prairies dénudées des montagnes voisines; le sud du pays de Galles est accroché au rebord méridional du massif gallois, presque vide d’installations humaines; dans le bassin de Londres même et les plaines du Sud, les estuaires et les côtes rassemblent les principales agglomérations (Londres, Liverpool, les grandes villes du Sud-Est, Bristol, Brighton, Southampton), tandis qu’une seconde couronne de régions à la population dense accompagne les bassins houillers qui encadrent de leurs affleurements et de leurs prolongements toute la petite chaîne centrale nord-sud des Pennines (Lancashire, Midlands, Yorkshire, dont les grandes villes sont Leeds, Bradford, Birmingham, Manchester).

Ainsi apparaissent, dès le premier coup d’œil sur une carte, trois influences fondamentales caractéristiques: les milieux hostiles de la montagne, battue par le climat océanique; l’accumulation des populations attirées par la mer et ses multiples ressources; la formation des grandes régions industrielles autour des bassins houillers depuis le XVIIIe siècle, et qui polarisent encore une bonne partie de l’industrie nationale. Malgré les transformations récentes de l’économie, l’étalement des banlieues autour des villes importantes et la prolifération des cités balnéaires et des lieux de retraite, notamment sur la côte sud, la répartition des hommes en Grande-Bretagne apparaît fortement liée au milieu naturel, ce qui peut sembler une sorte de paradoxe dans ce pays hautement industrialisé, et qui est actuellement un des plus urbanisés du monde (quatre Anglais sur cinq résident dans les villes).

Ce sont encore les conditions naturelles qu’il faut invoquer pour comprendre comment ce petit royaume peut nourrir une population qui, avec un revenu par tête de 14 570 dollars en 1989, se classait au dix-neuvième rang dans le monde. Si la Grande-Bretagne appartient à l’Europe, elle en est séparée par des mers récentes et très fréquentées (mer du Nord et Manche) et elle est en quelque sorte projetée à la rencontre de l’Océan. Cette situation insulaire péricontinentale est le fondement même de sa profonde originalité. Non seulement cette océanité, jointe à l’existence des grandes dérives d’eaux tropicales à travers l’Atlantique nord qui viennent balayer les côtes nord-ouest de l’Europe, expliquent le climat privilégié dont jouissent les îles Britanniques, mais en outre elles ont imposé aux hommes de ces contrées d’aller chercher à travers la mer ce qui était nécessaire à la vie du pays et au développement de son industrie. Cette nation a été la première au monde à éprouver les conséquences de la révolution industrielle, à laquelle elle a largement contribué, ce qui lui a permis de dominer la production internationale jusqu’à la fin du XIXe siècle. Parcourant les océans, les Britanniques ont colonisé une partie du monde. À l’époque même où la révolution industrielle leur conférait ce dynamisme économique, les effets de la révolution démographique, dans laquelle ils furent aussi des pionniers, leur donnaient le moyen de lancer des émigrants à la conquête des terres plus ou moins vides de la planète; une grande partie de l’Amérique du Nord et l’Australie furent d’abord des bastions britanniques, et en conservent encore, par certains traits de civilisation et notamment la langue, ou par des rapports économiques particulièrement étroits, un héritage direct. Mais ce n’est pas seulement par une colonisation totale que les Anglais s’imposèrent; dans de nombreuses régions d’Afrique, aux Indes, dans des péninsules et des archipels, toujours admirablement situés sur les grandes routes du commerce international, ils implantèrent, parmi les populations autochtones, la règle britannique. Si cette puissance est à l’heure actuelle fortement ébranlée, elle a permis au Royaume-Uni deux siècles d’une extraordinaire prospérité, et elle lui assure encore à travers le monde de nombreuses relations privilégiées.

Pourtant, la situation est en pleine évolution: la population britannique s’accroît peu, n’émigre presque plus. Le revenu par tête est tombé au dix-neuvième rang mondial. Si, en 1950, il était égal à cinq fois celui du Japon, il n’en représente plus maintenant que les deux tiers. Le Royaume-Uni connaît un profond recul de sa puissance industrielle. L’exploitation du charbon, fondement de sa réussite exceptionnelle au XIXe siècle, est progressivement abandonnée, et la découverte du pétrole et du gaz naturel de la mer du Nord ne l’a pas véritablement compensée. Enfin, son entrée dans le Marché commun a également amorcé une nouvelle phase: l’européanisation de ce royaume qui s’est voulu pendant des siècles, à l’écart de l’Europe, une puissance mondiale.

1. Le milieu physique

Massifs anciens et bassins sédimentaires

Situées au nord-ouest de l’Europe, loin des grandes zones de plissements et de sédimentations secondaires et tertiaires, les îles Britanniques ne sont pas une région de relief majestueux; le point le plus élevé, le Ben Nevis, se trouve en Écosse occidentale et n’atteint que 1 344 m d’altitude; les sommets dépassent rarement 1 000 m et ils ont des formes lourdes, arrondies ou tabulaires, caractéristiques d’une érosion massive et prolongée. En effet, les terrains sont en majorité fort anciens, archéens et primaires, sauf dans l’est et le sud-est de l’Angleterre, où l’on trouve une importante sédimentation secondaire et tertiaire.

Au nord et au centre, les plissements datent du Calédonien; les plissements hercyniens n’affectent que l’extrême sud de l’Irlande, du pays de Galles et de l’Angleterre occidentale. Les mouvements tertiaires se sont traduits par des cassures gigantesques, provoquant l’affaissement ou la surrection de grands blocs bordés par des limites rectilignes, comme les masses montagneuses écossaises encadrant les Lowlands. Cette tectonique « atlantique » explique les alignements des reliefs, la rectitude de certaines lignes de côtes, au nord de l’Écosse par exemple; elle s’est parfois accompagnée de venues volcaniques, soit primaires, à l’époque du premier rejeu des cassures (collines volcaniques des Lowlands), soit tertiaires, comme les belles falaises des îles de Skye ou de Mull, ou bien le plateau d’Antrim, au nord-est de l’Irlande, où des coulées de basaltes dessinent les degrés monumentaux de la Chaussée des Géants.

Au contraire, appuyées à ces môles primaires soulevés, les plaines du bassin de Londres et de ses prolongements annoncent le Bassin parisien, qu’elles prolongent au-delà de la Manche, ouverte seulement vers 7000 avant J.-C.

La presque totalité des îles Britanniques, sauf le Sud-Est, a été en outre soumise à l’action glaciaire: une calotte de glaciers a couvert à deux reprises au moins l’ensemble des îles, y compris la mer d’Irlande, et une grande partie de la mer du Nord. L’avancée extrême a atteint le chenal de Bristol, à l’ouest, et le nord de l’estuaire de la Tamise, à l’est. Ce fait a engendré toutes sortes de formes d’érosion ou d’accumulation, marquant profondément les paysages britanniques actuels.

Dans les montagnes, on trouve des cirques et des vallées en auge, comme ceux qui trouent les flancs du Ben Nevis ou du Snowdon, ou ceux qui sont disposés en étoile autour du sommet du petit massif du Cumberland; certaines auges sont occupées par des lacs, et sont à l’origine des « lochs » écossais les plus célèbres; d’autres, au bord de la mer, forment des fjords, surtout depuis l’île d’Arran jusqu’à la pointe de Strathy. Dans les plaines et les dépressions, les phénomènes d’accumulation, liés aux anciennes moraines, l’emportent: drift glaciaire qui empâte le relief et change parfois la fertilité des sols, encombre les plaines et, en Irlande centrale, perturbe complètement le réseau hydrographique; collines molles correspondant à des lignes d’eskers, à des moutonnements de drumlins, se prolongeant jusque dans la mer, dans les baies de l’Irlande septentrionale. Enfin, les changements de niveau marin, aux périodes glaciaires et postglaciaires, sont responsables de terrasses étagées, particulièrement utilisées par l’homme le long de certaines côtes, ou de la profonde découpure des estuaires qui, dans les Lowlands, coupent presque la Grande-Bretagne en deux et ont favorisé l’installation d’excellents ports.

Un climat océanique

Les conséquences de cette position géographique affectent également le domaine climatique. Îles septentrionales, les îles Britanniques ont été particulièrement marquées par les glaciations quaternaires, en raison non seulement de leur latitude, mais aussi de leur humidité. Pourtant, la présence des dérives des eaux tropicales atlantiques, qui traversent l’Océan du sud-ouest au nord-est et viennent baigner les rivages occidentaux, apportent des influences adoucissantes et permettent à un peuple actif et dense de vivre à la latitude où, sur l’autre rive de l’Océan, les terres du Labrador sont vides de toute installation humaine.

Le climat a des caractères océaniques bien marqués: une grande variabilité du temps, une douceur relative de l’hiver, parfois troublée par des invasions d’air polaire continental, quelques rares gelées. Au contraire, les étés sont tièdes. Les amplitudes moyennes annuelles sont faibles: inférieures à 9 0C en Cornouailles, égales à 15 0C dans l’est du bassin de Londres.

Les pluies tombent en toutes saisons et l’humidité atmosphérique est constante. L’Ouest – surtout les montagnes – est beaucoup plus arrosé que l’Est (plus de 2 m sur les Highlands, moins de 500 mm sur la côte centrale orientale). Les brouillards sont fréquents, et le fog londonien est célèbre. La côte méridionale jouit d’un ensoleillement relatif.

2. Les cadres de vie naturels

La superposition d’éléments de relief, souvent bien marqués, et de caractères climatiques océaniques, nuancés par la latitude, l’altitude et l’exposition, donne des milieux naturels originaux et se succédant avec une certaine régularité.

L’Écosse

L’Écosse forme la partie septentrionale de la Grande-Bretagne et, malgré son rattachement au royaume par l’Acte d’union de 1707, n’a pas perdu tout sentiment d’indépendance. Ce dernier tient non seulement à l’originalité de ses habitants, mais également aux caractères du milieu physique. L’Écosse est limitée au sud par des hauteurs de plus de 500 m, qui s’étendent de Galloway à Berwick, au sud desquelles a longtemps été fixée la frontière historique, marquée par le mur d’Hadrien, qui coupait l’île de Carlisle à Newcastle.

Au nord, de hautes terres sont divisées par de grandes fractures sud-sud-ouest - nordnord-est. C’est tout d’abord le chapelet des Hébrides, complexe gneissique plongeant du sud-est au nord-ouest et comprenant les plus vieilles terres de Grande-Bretagne, séparées par des fractures perpendiculaires en plusieurs blocs, dont le plus important forme l’île de Lewis. Cet archipel est séparé des Highlands proprement dits par les détroits de Minch. Les « hautes terres » d’Écosse septentrionale sont dissymétriques; les altitudes sont plus élevées à l’ouest, où se trouve le Ben Nevis, qu’à l’est, et les pentes y sont beaucoup plus rapides, alors qu’elles descendent doucement vers la mer du Nord. Des accumulations de roches volcaniques tertiaires ont recouvert une grande partie des îles occidentales, où le relief est plus violent, disloqué géométriquement, profondément érodé par des fjords grandioses bordés de côtes majestueuses. Toute cette région est littéralement baignée par l’humidité: il tombe plus de 1,50 m de pluie sur la côte occidentale des Hébrides, et 748 mm à Aberdeen, sur le rebord de plaine orientale, plus doux et plus abrité; la neige recouvre, pendant une grande partie de l’année, les montagnes occidentales. L’opposition entre les deux versants se retrouve entre les modes de vie: les côtes occidentales sont occupées par de petits fermiers, les crofters , avec leurs lopins de terre et leurs chaumières au ras de la mer, tandis que vers l’est apparaissent quelques cultures et de petites villes desservies par une voie ferrée. Les Orcades et, plus loin vers le nord-est, les Shetlands, peuplés de pêcheurs et de bergers, prolongent le bloc septentrional. Les hauteurs sont le domaine de la lande de bruyère, des fougères, des pâturages naturels de mauvaise qualité, abandonnés aux moutons. On y a fait des essais de reboisement.

Au centre, la dépression nord-est - sudouest du Glen More est une zone d’effondrements tectoniques anciens et répétés, parsemée de lacs (dont le fameux loch Ness, 229 m de profondeur) sur la majeure partie de son étendue; la mer s’y infiltre à chaque extrémité (firth de Lorne à l’ouest et de Moray à l’est). Le canal Calédonien a été tracé pour permettre la navigation, mais il est peu employé. C’est la première région des îles Britanniques pour la production d’hydro-électricité, qui a permis le développement de l’industrie de l’aluminium.

Au sud du Glen More, la partie méridionale des Highlands, appelée souvent monts Grampian, est plus compacte. Les hauteurs centrales sont formées par des granits; la couverture de drift glaciaire est importante. À l’ouest se dresse le Ben Nevis, tandis que, vers l’est, des plaines cultivées et abritées portent, malgré des printemps tardifs, de l’avoine, des pommes de terre, des raves, et sont utilisées par les naisseurs de la montagne comme pâturages pour leurs jeunes bovins. Des villes aussi importantes qu’Aberdeen (212 000 hab.) ont pu s’édifier, et le nord-est de l’Écosse a profité du développement de la production de pétrole et de gaz naturel en mer du Nord, qui a permis de créer 100 000 emplois environ.

Les Lowlands s’ouvrent au pied des monts Grampian: région vitale de l’Écosse grâce à la présence du charbon et d’une agriculture prospère, ils occupent un quart de la surface du pays et regroupent les quatre cinquièmes de sa population.

L’origine des Lowlands s’explique par un fossé tectonique qui a rejoué à plusieurs reprises et dont les fractures septentrionales se sont accompagnées d’éruptions volcaniques primaires, donnant des petites collines (Ochil, Campsie). À chaque extrémité, la mer pénètre profondément: à l’ouest par le firth de la Clyde, à l’est par celui du Forth. Abritées des violences climatiques septentrionales et occidentales par les régions montagneuses du Nord, ces plaines sont relativement chaudes et humides; le temps de Glasgow est plus doux et plus humide; celui d’Édimbourg plus rigoureux et plus sec. À l’ouest, l’élevage l’emporte sur les cultures, bien que, stimulée par la demande urbaine, la production des légumes sous serres soit en progrès; à l’est, les cultures sont beaucoup plus variées et prospères. La richesse régionale a dépendu pendant longtemps du charbon et des activités maritimes. Actuellement, le pétrole joue un rôle prépondérant pour tout l’Est. Édimbourg (433 500 hab.) et Glasgow (703 000 hab.) dominent la vie économique de l’Écosse.

Au sud, les Southern Uplands n’atteignent que 800 m d’altitude; elles sont plus élevées au sud-ouest – plus humide, domaine des landes et des prairies naturelles – et s’abaissent vers l’est. Les points culminants correspondent à des schistes métamorphiques très durs, encadrant des cuvettes creusées dans des granits relativement tendres et dont les fonds sont occupés par des lacs et des tourbières. C’est un pays de bocages, tourné vers l’élevage du mouton et coupé d’une dépression privilégiée par ses cultures: le bassin de la Tweed. Cette ligne de hauteurs marque la limite avec l’Angleterre.

Le pays de Galles

Le pays de Galles est une masse montagneuse entourée de trois côtés par la mer et à l’est par les plaines anglaises. On peut opposer les hautes terres du Nord-Ouest et du Centre et les plaines et collines du bassin houiller méridional. Dans le pays de Galles montagneux, le Snowdon (1 085 m), creusé de cirques glaciaires et de vallées en auge, domine une sorte de haut plateau situé vers 400 à 500 m d’altitude, découpé par de profondes vallées. Cet ensemble coïncide au nord avec les roches dures volcaniques dominant les grès et les schistes, tandis que la crête de Brecon Beacons est dessinée dans les plissements du Vieux Grès rouge. Cette montagne galloise est un réservoir d’eau pour les plaines voisines, en raison de son humidité: il tombe plus de 1,50 m d’eau au-dessus de 300 m, et la pluie fouette les landes et les tourbières des sommets et les prairies bocagères du plateau périphérique deux jours sur trois. Pourtant, les côtes et les plaines jouissent d’un climat assez régulier, plus doux au sud qu’au nord. Les vallées abritées et les plaines orientales sont favorisées; c’est surtout le domaine de l’élevage. Au sud, le grand synclinal houiller, allongé de l’est à l’ouest, dessine des collines régulières où l’exploitation intensive du charbon a entraîné une dense implantation industrielle. Le charbon et l’acier ont constitué la grande richesse locale, qui était soutenue par un trafic maritime actif. C’était la première région sidérurgique du Royaume-Uni. Mais les atouts traditionnels ont perdu de leur importance (203 puits charbonniers en 1947, 10 en 1989). Le travail des métaux modernisé et diversifié (fer-blanc, étamé, galvanisé), l’introduction de l’informatique, des industries chimiques, l’amélioration des voies de communication intérieures ont permis le maintien des villes-ports: Cardiff (284 000 hab.), Swansea (187 500 hab.), Newport (128 000 hab.). À l’est, la montagne se détache en croupes sombres au-dessus des prairies verdoyantes et des vergers de pommiers, tandis qu’au sud-est s’infiltre profondément l’estuaire de la Severn.

L’Angleterre

L’Angleterre, adossée au nord aux hauteurs méridionales de l’Écosse, au centre-ouest au massif du pays de Galles, comprend un large éventail de plaines, à travers lesquelles la chaîne des Pennines constitue une dorsale régulière au nord, tandis que les petits massifs du Devon et de la Cornouailles (Cornwall) en forment l’extrémité sud-ouest.

La réputation climatique du Devon et de la Cornouailles est bien établie: c’est une sorte de Riviera anglaise, surtout sur la côte méridionale; la douceur océanique et une humidité relativement faible, particulièrement de mars à août, en font un lieu de séjour réputé, malgré les vents violents qui soufflent un jour sur cinq, et des brouillards dont les bancs traînent sur les hauteurs. Celles-ci sont formées de plusieurs petits blocs plus ou moins séparés, dus à des massifs granitiques (Dartmoor), à des crêtes appalachiennes de grès dévonien (Exmoor), à des pointements de roches ignées (Lizard). Le paysage est renommé pour sa beauté et son charme: les landes de bruyères couvrent les sommets, tandis que de magnifiques falaises de vieux grès rouges dominent la mer ou les baies sableuses. La côte sud est pénétrée de longues rias ramifiées. Les plaines abritées du Devon sont couvertes d’un bocage vigoureux. L’élevage des moutons sur les hauteurs, les cultures délicates dans les plaines abritées, la villégiature sous toutes ses formes utilisent au mieux la riche variété des paysages naturels.

L’Angleterre septentrionale est charpentée par le petit massif du Cumberland et la chaîne pennine. Le Cumberland, culminant à Scawfell (978 m), est le célèbre « Pays des lacs ». Tout autour des hauteurs centrales rayonnent de profondes et longues vallées naguère glaciaires, souvent encore occupées par des lacs romantiques dominés par les pentes sombres, boisées, aux versants assez raides recouverts de landes de bruyères. Les cascades, la verdure, les bancs de brume qui traînent sur les hauteurs, les vieux murs construits en schiste vert, le souvenir des poètes et des peintres attirent le tourisme dans la montagne, qui ne vit guère, par ailleurs, que de l’élevage du mouton; les plaines sont plus fortunées: à l’ouest, la métallurgie de Barrow in Furness, née de l’exploitation du charbon et du fer, a disparu, tandis qu’au nord la plaine de Carlisle doit sa richesse à la fois à l’agriculture et à l’industrie.

Au-delà du fossé de l’Eden commence la chaîne des Pennines, qui s’allonge sur 240 km, depuis la Tyne au nord jusqu’à la Trent au sud. Les sommets sont peu élevés (Cross Fell, au nord-ouest, 893 m; High Peak, au sud, 636 m). On y distingue généralement trois parties. Au nord, un bloc de calcaires carbonifères, basculé vers l’est, est limité par de grandes fractures et coupé d’est en ouest par le fossé de la Tyne; les landes et les forêts de reboisement se partagent les sommets, tandis que sur les argiles glaciaires du fond des vallées, l’élevage et l’exploitation des carrières font vivre de petits villages. Au sud des failles de Stainmore, la montagne est tout aussi massive, constituée de calcaires et de grès, plongeant vers l’est et fracturés à l’ouest; sur les calcaires, un paysage karstique typique occupe une bonne partie des sommets; au contraire, sur les grès sculptés en blocs ruiniformes, l’humidité l’emporte (tourbières, landes de bruyères). Vers le sud, les Pennines méridionales se terminent par une série de collines qui tombent progressivement sur la vallée de la Trent. L’ensemble de ces hauteurs est très arrosé (1 250 mm d’eau par an); leur importance comme château d’eau est donc considérable: au cours des siècles passés, cette eau fut utilisée comme force motrice; elle alimente actuellement les grands centres industriels périphériques. La montagne est à peu près déserte, mais elle est presque complètement coupée dans sa partie centrale par les hautes têtes de vallées industrielles qui se rattachent aux principales zones d’activité de la bordure.

De chaque côté de ce puissant anticlinal faillé qui constitue schématiquement la chaîne des Pennines, les couches plongent doucement, faisant affleurer de manière symétrique les mêmes roches et, parmi elles, les terrains productifs du Houiller. Ainsi étaient nés toute une série de bassins charbonniers périphériques, naguère exploités en affleurements et prolongés maintenant à l’est sous la mer. À l’ouest, les plaines, étroites au nord, s’élargissent vers le sud autour de l’estuaire de la Mersey; elles appartiennent au Lancashire, naguère célèbre pour son industrie cotonnière, et au Cheshire, réputé pour ses fromages et son industrie chimique, qui utilise le sel gemme. Une côte sableuse borde la mer d’Irlande. Les richesses minières, les grasses prairies, l’ouverture maritime ont permis l’implantation de l’industrie et la création de grandes villes, malheureusement en régression, Liverpool (470 000 hab.), Manchester (446 000 hab.), Oldham, Blackburn, Preston. Au sud-est, les plaines ouvrent une trouée entre le sud des Pennines et le massif du pays de Galles.

À l’est des Pennines se succèdent toute une série de plaines, plus étroites au nord, plus larges au sud, que l’on peut rattacher aux dernières ramifications du bassin de Londres. Celui-ci est un ensemble de plaines et de collines alternées qui dessinent une gigantesque accolade ouverte vers l’est et les rivages de la mer du Nord, et se replient en un long V sinueux double, encadrant la dépression de la Tamise, où a grandi l’agglomération londonienne. La disposition du relief est étroitement liée à la structure et rappelle trait pour trait celle du Bassin parisien oriental. Les collines, dissymétriques, sont des cuestas formées par les affleurements des calcaires durs du Jurassique (qui se suivent depuis les Cleveland Hills au nord-est jusqu’aux Cotswolds au sud-ouest) et les affleurements de la craie, plus résistante que les argiles voisines (qui dessinent les Yorkshire Wolds et les Lincoln Wolds à l’est, les rides du Norfolk, des Chiltern Hills, au nord du bassin de la Tamise, et se replient en lobes compliqués dans les Downs, lesquels encadrent la boutonnière du Weald). Entre ces hauteurs très adoucies s’ouvrent des plaines plus ou moins larges; au nord-est, depuis la retombée des Pennines jusqu’à la mer du Nord, le Northumberland et le Durham, aux terres imperméables couvertes de bonnes prairies, avaient été envahis par les installations industrielles nées de l’exploitation du charbon. Les nombreux estuaires de la côte, basse et sableuse, abritent des ports industriels: Newcastle sur la Tyne (280 000 hab., et plus de 900 000 avec son agglomération); Middlesbrough, sur la Tees (143 000 hab.). Plus au sud, le Yorkshire et les régions de Nottingham et de Derby concentrent, grâce aux conditions favorables des gisements, l’essentiel de la production charbonnière anglaise (environ les deux tiers). Aussi, même si la quasi-totalité du minerai de fer national est abandonnée, la vie industrielle persiste (travail de la laine, métallurgie sous toutes ses formes). Leeds (709 600 hab. et 1 728 000 dans l’agglomération), Bradford (464 000 hab.), Nottingham (273 000 hab.), auxquelles il faut ajouter Sheffield (528 700 hab.), sont les principaux noyaux urbains.

Les plaines orientales, depuis le cap Flamborough, le point le plus sec d’Angleterre, où il ne tombe guère que 500 mm de pluie, jusqu’au Devon, sont les grandes régions agricoles; morcelées par les cuestas, accidentées par d’anciennes moraines terminales, comme dans le Norfolk, ouvertes par les estuaires du Humber, du Wash, de la Tamise, et par les chenaux qui séparent l’île de Wight, ces plaines sont des terres à céréales, à betteraves, à cultures légumières (Fens), à vergers (Kent, Sussex). La vallée de la Tamise correspond en partie à une ondulation synclinale: la convergence des pentes, la présence d’un estuaire vaste et profond ont favorisé l’installation et la prospérité de Londres, capitale du Royaume-Uni (officiellement 7 913 600 hab. dans l’agglomération, mais en réalité 11 millions environ dans la région londonienne).

L’Irlande du Nord

L’Irlande du Nord comprend les deux tiers de l’ancienne province de l’Ulster, soit six comtés, séparés des vingt-six autres, qui forment un État indépendant depuis 1922. La disposition des éléments de relief correspond à celle de l’Écosse, en face de laquelle se trouve située l’Irlande du Nord: la plaine centrale, occupée en grande partie par le Lough Neagh et par un étoilement de vallées, prolonge les Lowlands d’Écosse; l’emprise glaciaire a façonné un paysage mou, mélange de terre et d’eau, accidenté de drumlins. Au nord, le plateau d’Antrim, dû aux épanchements de basaltes tertiaires, étend vers 400 m d’altitude ses landes, qui se terminent sur la mer par de célèbres falaises, tandis que, plus à l’ouest, les monts Sperrin atteignent 683 m d’altitude et correspondent aux Highlands; au contraire, au sud, les monts Mourne (852 m) prolongent les Southern Uplands. Ces hauteurs sont faites de terrains primaires, fortement plissés, dominés par quelques pointements granitiques ou métamorphiques, et profondément entaillés par les vallées. Les sommets sont couverts de landes, de tourbières, et il tombe plus de 1,50 m de pluie par an. Tout comme en Écosse, les hauteurs sont abandonnées aux moutons; les prairies occupent les lourds sols glaciaires des plaines, et Belfast (399 270 hab., 550 000 pour l’agglomération) utilise un site d’estuaire et une convergence de vallées. La ville possède des industries traditionnelles (lin, chantiers navals) et modernes (première région pour la production des fibres artificielles et synthétiques). Cependant, l’affrontement des deux communautés protestante (constituant 60 p. 100 de la population) et catholique compromet le développement. La région de Belfast rassemble le tiers de la population et les huit dixièmes de l’équipement industriel de l’Irlande du Nord.

3. Les hommes et leurs activités

Une démographie évoluée

La densité moyenne de la population du Royaume-Uni, en 1989 (235,6 hab./km2), est très élevée, mais elle dissimule de profondes inégalités: l’Angleterre et le pays de Galles réunis atteignent 335 hab./km2, alors que l’Irlande du Nord dépasse tout juste 110 hab./km2 et que l’Écosse n’atteint pas 65 hab./km2. S’il est difficile d’imaginer des plaines plus peuplées que celles qui encadrent l’agglomération londonienne, qui renferme plus de 1 000 hab./km2, inversement, on rencontre rarement en Europe des solitudes aussi complètes que celles des landes des hautes terres d’Écosse ou même de la chaîne pennine (moins de 3 hab./km2). En fait, le septième seulement de la surface totale est densément peuplé. Cette répartition est relativement récente: elle s’est dessinée au début du XIXe siècle, avec le développement de l’exploitation du charbon, génératrice de vastes régions industrielles, très peuplées, et s’accompagnant d’une intense urbanisation. Le Royaume-Uni est un des pays du monde qui a la plus forte proportion d’urbains (91 p. 100). On comptait, au début des années quatre-vingt, plus de cent quatre-vingts villes de plus de 100 000 habitants, dont cent soixante-seize en Angleterre et au pays de Galles, quatre en Écosse et une seule en Irlande du Nord. Parmi les villes anglaises de plus de 100 000 habitants, trente-deux sont englobées dans l’agglomération de Londres, quatre dans celle de Manchester, deux dans celle de Birmingham.

Cette forte densité nationale est due à une évolution qui a commencé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, époque à laquelle le nombre des naissances a régulièrement dépassé celui des décès. Au Royaume-Uni, la natalité est restée élevée jusque vers 1873 (35 p. 1 000); elle a baissé ensuite assez vite (15,5 p. 1 000 à la veille de la Seconde Guerre mondiale; 12,2 p. 1 000 en 1991). Or, au cours du XIXe siècle, la mortalité a régressé rapidement (17,8 p. 1 000 vers 1900) et l’excédent naturel a donc été important. En 1990, le taux de mortalité était de 11,2 p. 1 000, ce qui donne un accroissement naturel annuel autour de 1 p. 1 000. L’ampleur de l’accroissement naturel au XIXe siècle a permis une rapide augmentation de la population nationale, qui a quadruplé en cent cinquante ans, d’actives migrations dépeuplant les campagnes, mais gonflant de nombreuses villes, et évitant la disproportion que l’on constate en France entre Paris et les villes de province. Parallèlement, de nombreux émigrants allèrent s’installer outre-mer (environ 25 millions depuis le début du XIXe siècle).

Le Royaume-Uni a également accueilli de nombreux émigrants des pays du Commonwealth dont une forte proportion de Noirs, mais aussi des Irlandais, des Italiens, des Indiens et des Pakistanais. De véritables ghettos se sont créés autour des grandes villes, et cette population est particulièrement touchée par le chômage (Liverpool, Manchester, Londres).

Pays européen, dont l’évolution démographique est fort avancée, le Royaume-Uni comprend une importante proportion de gens âgés (12 p. 100 de plus de 65 ans, 14 p. 100 en Angleterre et au pays de Galles) et relativement peu de jeunes (28 p. 100 de moins de 20 ans en Angleterre et au pays de Galles). Grâce à des soins médicaux efficaces, prolongés et généralisés, l’espérance de vie à la naissance est élevée: elle dépasse soixante-douze ans pour les hommes et soixante-dix-huit ans pour les femmes en Angleterre et au pays de Galles; elle est moindre en Irlande du Nord, et surtout en Écosse.

Cette évolution avancée se marque également dans la structure des activités: le secteur primaire, c’est-à-dire l’agriculture et la pêche, n’emploie que 2,6 p. 100 des travailleurs, tandis que l’industrie en rassemble moins de 36 p. 100, et le secteur tertiaire 61 p. 100. Le tertiaire a connu une montée spectaculaire (52 p. 100 des emplois au début des années soixante-dix); il s’agit surtout des assurances, des banques, des activités d’expertise-conseil, des études industrielles et scientifiques, des professions libérales et de l’hôtellerie: autant d’activités qui font entrer des devises. L’industrie a fortement régressé (44 p. 100 des effectifs au début des années soixante-dix): c’est une conséquence de la grave récession de 1980 et des difficultés des années précédentes. L’industrie entre encore pour 35 p. 100 dans la formation du P.N.B. et l’agriculture pour 2,5 p. 100.

Les grandes agglomérations

Dans ce pays hyperurbanisé, une forme particulière d’urbanisation a pris une importance relativement disproportionnée: les puissantes conurbations , rassemblements de villes secondaires autour d’un noyau central, forme analogue à ce que nous désignons généralement en France sous le terme d’agglomération. On en compte cinq en Angleterre, outre celle de Londres. Elles rassemblent 30 p. 100 de la population nationale sur 10 p. 100 de la surface. Et le tiers des Écossais vivent dans la seule Clydeside, qui dépend de Glasgow. Au cours de ces dernières années, ces monstres, qui avaient pris vie grâce à l’exploitation des riches bassins houillers et des cortèges d’industries qu’ils avaient entraînés, ont subi le contrecoup des transformations de l’économie britannique. Les centres sont entrés en crise; ils se sont massivement dépeuplés et n’ont récupéré une partie de leur pouvoir qu’en transformant l’orientation générale de leurs activités. De grands foyers industriels sont en train de devenir des concentrations de fonctions tertiaires. Londres les domine toutes [cf. LONDRES].

À 160 km de la capitale, Birmingham (2 240 000 hab.) est devenue récemment le centre de la deuxième conurbation du Royaume-Uni. Développée à proximité d’un bassin houiller et de gisements de minerais de fer locaux, elle dut également à sa position centrale en Angleterre et au développement des communications modernes un essor prolongé. Les premiers canaux permirent de transporter des produits pondéreux (1766, liaison avec le bassin charbonnier), puis d’atteindre la Mersey (1777) et la Tamise (1790). Ici aussi le réseau des voies ferrées ajouta, après 1840, ses effets bénéfiques. La disposition rayonnante de tous les moyens de communication, l’esprit d’entreprise des habitants, la présence d’hommes d’affaires clairvoyants et non conformistes ont fait de Birmingham le siège d’une conurbation dont le dynamisme a duré longtemps, grâce à des inventions et à des reconversions perpétuelles. Occupée à l’est par Birmingham, cette conurbation s’allonge sur 42 km du sud-est au nord-ouest, où se situent les vingt et une villes métallurgiques de la black country , fusionnées depuis 1963 en trois « bourgs », dont Wolverhampton (249 000 hab.) est le plus important. L’extraction du charbon et la métallurgie lourde traditionnelle sont pratiquement arrêtées mais elles ont été remplacées par une grande variété d’activités: constructions mécaniques, métaux non ferreux et matériels électriques. L’industrie automobile, accompagnée de celle de nombreux sous-traitants, fit de Coventry (305 000 hab.) la capitale de l’automobile. Mais la crise de cette industrie entraîna la multiplication des chômeurs et des friches, tandis que la politique de décentralisation industrielle favorisait le départ d’usines de ces West Midlands qui avaient été le second centre de l’expansion urbaine régionale du Royaume-Uni. La proximité de Londres leur rendrat-elle un nouveau dynamisme?

Au troisième rang se classe maintenant Manchester avec 2 240 000 habitants dans l’agglomération et 446 000 dans la ville même. Elle s’étend à la fois sur le sud-est du Lancashire et le nord-ouest du Cheshire. Le site originel est excellent, près de la mer et au bord d’un important bassin charbonnier; dès le XVIe siècle, la ville était réputée pour le commerce des textiles, mais son expansion date du XVIIIe siècle, lorsque fut établie la liaison par eau avec Liverpool. Manchester est avant tout un centre de grand commerce (deux cinquièmes du chiffre d’affaires total). Elle dominait les villes voisines où le travail du textile jouait un rôle important ainsi que la construction de machines destinées au travail, notamment du coton. S’y ajoutent également la confection, les textiles synthétiques, les industries chimique et alimentaire. Ces entreprises sont implantées le long du canal et du port. Salford, ville jumelle sur l’autre rive de l’Irwell, est également un centre de l’industrie. Mais si celle-ci occupe encore 36 p. 100 des actifs, elle est en régression marquée, alors que se développent au contraire les activités tertiaires (universités, centres de recherches, établissements bancaires). Devenue carrefour autoroutier, dotée du second aéroport du Royaume-Uni, Manchester, par ses capitaux et ses relations commerciales, pourrait prétendre reprendre le second rang après Londres.

Au quatrième rang se place la conurbation du Yorkshire occidental, dont la capitale est Leeds (respectivement 1 728 000 et 709 600 hab.) et qui est symétrique de celle du Lancashire par rapport aux Pennines. Dès le début du XIXe siècle, Leeds était la grande ville locale, mais l’exploitation du bassin houiller, le développement des moyens de transport et l’existence de marchés locaux de la laine ont provoqué une spécialisation bien marquée; les villes, conservant leur rôle de centres commerciaux et de fournisseurs de matières premières, par rapport aux campagnes, où se localisaient les ateliers de filature et de tissage. À côté de Leeds, qui domine l’Est et le Sud-Est (industries textiles, mines, mais aussi métallurgie, commerces de gros, banques, assurances), Bradford (464 200 hab.) est le pôle d’attraction le plus important de l’Ouest (textiles, industries mécaniques, organisations commerciales des campagnes voisines). Étant donné la forte spécialisation textile et la crise actuelle de cette industrie, cette conurbation manque de dynamisme.

La conurbation de Liverpool, ou Merseyside, compte 1 130 000 habitants, dont 469 000 dans la ville centrale. Elle occupe les deux rives de la fameuse « bouteille » que dessine l’estuaire de la Mersey; elle est étroitement liée avec la région de Manchester. Enrichie par le commerce avec l’Irlande et les Indes occidentales au XVIIe siècle, elle fut longtemps le deuxième port anglais et devint une ville industrielle (chimie, métallurgie, constructions mécaniques, industrie pharmaceutique, confection) et un centre commercial. Mais l’orientation de plus en plus marquée du Royaume-Uni vers l’Europe dans le cadre du Marché commun porta grand tort au port qui n’occupe plus que le sixième rang avec 3 p. 100 du trafic national contre 18,5 p. 100.

Enfin, dernière conurbation anglaise, celle de Newcastle upon Tyne, ou Tyneside (respectivement 279 700 et 700 000 hab.), est née de la pénétration d’un estuaire dans le bassin charbonnier. Domaine de l’industrie lourde, elle était connue pour ses constructions navales, ses industries chimiques, ses constructions mécaniques, son matériel électrique. Les usines ourlaient la côte entre les estuaires de la Tyne et de la Tees, qui ont été en partie modernisés, puis diversifiés grâce à la création de parcs industriels, évitant ainsi un recul démographique trop marqué malgré la quasi-disparition des chantiers navals.

En Écosse, la capitale, Édimbourg (433 500 hab.), admirablement située et harmonieusement construite, domine l’est des Lowlands et, avec son port de Leith, est devenue un centre industriel florissant. Aux brasseries et aux distilleries de whisky traditionnelles sont venues s’ajouter, autour d’une exploitation charbonnière modernisée et grâce à l’exploitation du pétrole de la mer du Nord, des activités variées (importante raffinerie de pétrole de Grangemouth, chimie, constructions électriques, appareils de précision). À l’ouest des Lowlands, Glasgow est le centre de la conurbation de la Clydeside (703 000 hab. dans la ville, en forte baisse; 1 642 400 dans la conurbation). La fonction commerciale et la fonction industrielle sont étroitement interdépendantes: l’homme a magistralement utilisé les possibilités commerciales d’un estuaire profond, ouvert sur l’Océan. Mais l’industrie lourde classique (charbon, constructions navales, ferroviaires, industries textiles et chimiques) a disparu ou a été réorganisée, alors que d’autres fabrications plus raffinées, comme l’électronique, ont pénétré les petites vallées affluentes. Le rayonnement économique s’étend et l’influence culturelle prend plus d’importance.

L’industrie

La prospérité de l’industrie traditionnelle a été liée à la découverte de l’utilisation massive du charbon comme source d’énergie; elle s’est traduite par le développement de deux branches de renommée et de puissance internationales: la métallurgie et les textiles. Elle a représenté le triomphe de la libre entreprise.

Les énergies

Dans le domaine énergétique, la situation du Royaume-Uni est unique. Après avoir été longtemps à la tête de la production mondiale de charbon, elle occupe encore le deuxième rang en Europe après la Pologne au début des années quatre-vingt-dix. Elle tient la seconde place, en Europe également, après la Norvège pour la production de pétrole et après les Pays-Bas pour celle de gaz naturel. Elle est au septième rang dans le monde pour la puissance nette installée en centrales nucléaires.

Le charbon

Le charbon a fourni jusqu’à 90 p. 100 de l’énergie consommée dans le pays et, jusqu’aux années soixante, la proportion est restée élevée. Les bassins houillers couvrent 12 p. 100 du territoire anglais (plusieurs bassins intérieurs autour des Pennines dont ceux du Yorkshire, du Nottinghamshire, du Derbyshire, du Lancashire, du Northumberland-Durham, bassins du pays de Galles, du Cumberland) et 5 p. 100 de celui de l’Écosse (sur les deux rives du Firth of Forth).

Sauf dans le Kent, les gisements affleuraient partout et offraient, en général, de grandes facilités d’exploitation. Les trois quarts des bassins sont au bord de la mer ou pénétrés par de profonds estuaires, ce qui facilitait en outre les exportations.

À la veille de la Première Guerre mondiale, la production atteignait le chiffre record de 287 Mt (millions de tonnes) et les exportations 73,4 Mt; le pays de Galles expédiait 43 p. 100 de sa production et le Northumberland-Durham 35 p. 100. Le recul de la production à partir des années soixante (de 37 p. 100 par rapport à 1913, de 30 p. 100 par rapport à 1938) est dû au faible accroissement de la demande intérieure (où le charbon est concurrencé par le pétrole, le gaz, secondairement l’électricité hydraulique puis nucléaire), dans laquelle la fabrication d’électricité thermique entrait pour 22 p. 100 et les usages industriels pour 17,5 p. 100; mais ce recul est dû aussi à l’effondrement des exportations. On a même enregistré un courant d’importation pour certaines qualités.

Tous les gisements sont en baisse et même fermés à l’exception du grand bassin intérieur de l’est des Pennines, qui fournissait presque la moitié de la production nationale et qui avait le rendement le plus élevé (2 t par homme et par jour). Cette situation de reflux a entraîné des difficultés: fermetures de mines et réduction massive de la main-d’œuvre. L’archaïsme des exploitations anciennes et morcelées (en 1936, 2 080 mines produisaient en moyenne 110 000 t, plus des deux tiers de la production venant de puits antérieurs à 1900) avait provoqué la nationalisation des mines au 1er janvier 1947. Le National Coal Board était désormais responsable de l’exploitation, qui fut réorganisée et regroupée et, en 1989, on ne comptait plus que soixante-quatorze centres d’extraction; en 1992, il restait cinquante puits et une menace de fermeture pesait sur trente d’entre eux, qui mettrait au chômage 30 000 mineurs supplémentaires.

Le problème du charbon est un problème complexe: un « plan pour le charbon » avait été lancé dès 1974, ambitionnant une relance de la production avec un objectif de 170 Mt pour l’an 2000. Des investissements très importants avaient été réalisés dans les bassins qui existaient encore: modernisation qui s’est accompagnée de la fermeture des mines les plus anciennes et les moins rentables; ouverture de nouvelles mines dans le Yorkshire, dans le pays de Galles méridional et – opération la plus importante et unique en Europe occidentale – la construction du complexe minier de Selby dans le nord du Yorkshire, qui devait produire 10 Mt. La prospection avait révélé des réserves considérables, estimées à 190 000 Mt dont 45 000 exploitables. Mais cette politique s’est heurtée à des difficultés, notamment au mécontentement de l’opinion publique en raison des risques qu’elle faisait courir à l’environnement et au problème des débouchés. Actuellement, les deux compagnies d’électricité britanniques utilisent 80 p. 100 de la production payée à un prix sensiblement plus élevé que le charbon d’importation. Aussi, la production qui atteint encore 91 Mt en 1991 paraît-elle menacée, ce qui provoque un grave mécontentement dans les régions minières et pose de redoutables problèmes sociaux. On n’envisage guère que de maintenir un secteur concentré dans l’est des Midlands et d’avoir recours à l’importation.

Le pétrole et le gaz naturel

Les découvertes de pétrole et de gaz naturel en mer du Nord ont profondément modifié les données énergétiques en Grande-Bretagne. La production de gaz naturel a commencé en 1967 et elle a connu une progression très rapide entre 1967 et 1974. Elle est maintenant stabilisée aux environs de 55 milliards de mètres cubes par an. Le Royaume-Uni occupe le cinquième rang mondial. Ses réserves prouvées s’élèvent à 750 milliards de mètres cubes. Les principaux gisements sont ceux de Leman, Indefatigable, au large de l’Angleterre, et Frigg, au large de l’Écosse. Un réseau de gazoducs relie les gisements aux terminaux situés sur le littoral. Le gaz occupe une place croissante dans l’économie britannique avec 24 p. 100 du total énergétique en 1990. La part du pétrole est d’environ 34 p. 100; quantitativement, elle est assurée par la production nationale mais, qualitativement, les échanges sont nécessaires. La production de pétrole a démarré plus tardivement que la production de gaz, et depuis 1975 elle est en pleine croissance et atteint en 1991 plus de 92 Mt. Comme pour le gaz, la production est essentiellement offshore. Les gisements se situent au large de l’Écosse et des îles Shetland. En 1981, dix-neuf gisements étaient en exploitation (le plus important est celui de Forties mis en exploitation en 1975 et qui produit jusqu’à 24 Mt par an). Sept sont en cours d’équipement. Les réserves prouvées seraient de 1 200 Mt. L’exploration et l’exploitation ont nécessité d’énormes investissements: plates-formes dans des mers souvent violentes, oléoducs, terminaux réalisés par des compagnies pétrolières étrangères et britanniques dont la société nationale, la British National Oil Company, créée en 1974 sous l’impulsion du gouvernement travailliste, remplacée par plusieurs groupes privatisés sous le gouvernement Thatcher. Compte tenu des difficultés croissantes d’accès au pétrole profond, les investissements vont encore augmenter. Selon les circonstances et, en particulier, les variations monétaires, le coût réel du pétrole de la mer du Nord varie par rapport à celui du pétrole importé. Mais les profits sont dans l’ensemble substantiels et contribuent pour une bonne part à améliorer la balance des comptes britannique. La nécessité d’importer certaines qualités de brut a réduit l’activité des raffineries qui traitent 92 Mt de brut, contre 132 il y a une quinzaine d’années (huitième rang dans le monde). La localisation des raffineries est en liaison avec l’approvisionnement des grands centres urbains et des grandes régions industrielles: groupes de raffineries de Londres, de Southampton, du Lancashire, de la Teesside, du pays de Galles (Milford Haven, Pembroke, Stanlow), et avec les gisements de la mer du Nord (Grangemouth en Écosse). Elles appartiennent à des compagnies internationales (B.P., Shell, Esso).

L’électricité

Le Royaume-Uni est le huitième producteur d’électricité du monde. La production totale est passée de 273 TWh en 1974 à 320 en 1991. La plus grande partie représente une forme secondaire d’énergie, obtenue pendant une très longue période à peu près exclusivement à partir du charbon et actuellement utilisant le gaz naturel, le pétrole et l’énergie nucléaire. Le charbon intervient encore pour 70 p. 100 dans la production d’électricité et, jusqu’en 1993, un contrat oblige les compagnies d’électricité britanniques à acheter les quatre cinquièmes de la production de British Coal. Cette forme de soutien à la production charbonnière nationale paraît extrêmement vulnérable. Au contraire, l’utilisation du gaz ou du pétrole a été considérablement accrue grâce au gisement de la mer du Nord. Certaines centrales sont équipées pour utiliser alternativement l’un ou l’autre de ces combustibles primaires. Les plus importantes d’entre elles sont localisées à proximité des rivages ou dans les plaines de la Grande-Bretagne orientale et dans le sud du pays de Galles. L’hydroélectricité fournit de modestes contributions, surtout sur les Highlands occidentales. Elle représente moins de 2 p. 100 de l’énergie électrique. Pour assurer son autonomie énergétique, la Grande-Bretagne compte à l’heure actuelle quinze centrales qui fournissent 20 p. 100 de l’électricité produite. La puissance installée est passée de 9 655 MW au début des années quatre-vingt à 13 534 en 1991. Mais les prévisions optimistes, qui prévoyaient que 51 p. 100 de l’électricité produite seraient d’origine nucléaire en l’an 2000, sont remises en question pour des raisons de pollution et de coûts de sécurité. La recherche nucléaire reste du domaine de l’État; la production est du domaine de deux groupes privatisés.

Enfin, il faut mentionner l’énergie éolienne, non négligeable dans ce pays où les vents soufflent en permanence, qui donne déjà des résultats. Quant à la puissance des marées – dont l’usine marémotrice de la Rance, sur la côte nord de la Bretagne, fournit un prototype intéressant –, elle n’a pas encore été utilisée.

Les industries textiles

Ce sont les industries textiles qui, plus que toutes les autres, ont joué un rôle primordial dans la structure de l’économie anglaise moderne: ancien artisanat florissant, tôt mécanisé, le textile est à la base de la formation de plusieurs des régions industrielles actuelles; il permit le développement des réserves de capitaux, l’éducation d’une bonne partie de la main-d’œuvre et favorisa le développement des échanges internationaux: la culture du coton fut répandue dans les colonies du Nouveau Monde puis en Afrique, la laine produite activement en Australie et en Nouvelle-Zélande, le jute développé dans la péninsule indienne pour les usines métropolitaines, qui, à leur tour, exportaient jusqu’à 50 p. 100 de la production lainière ou cotonnière et luttent aujourd’hui pour conserver leurs marchés. Les différentes formes de cette industrie, en y ajoutant l’habillement, emploient quelque 500 000 personnes, dont environ deux tiers de femmes. Mais les effectifs ont fortement baissé (de moitié par rapport à la fin des années soixante) dans les usines textiles proprement dites qui offrent des salaires parmi les plus bas du secteur industriel. Ici aussi ce sont les difficultés des exportations qui déterminent la régression des branches classiques.

L’industrie lainière, longtemps artisanale, s’est concentrée progressivement dans le Yorkshire qui rassemble à peu près les quatre cinquièmes des ouvriers: l’Ouest et le Nord produisent surtout des filés, l’Est et le Sud des tissus. Les grands centres sont Bradford, Leeds, Halifax, Rochedale. L’intégration horizontale est plus fréquente que l’intégration verticale mais, même si la concentration a été renforcée, elle reste faible. 90 p. 100 de la laine utilisée sont importés, dont les quatre cinquièmes d’Australie, de Nouvelle-Zélande et d’Afrique du Sud. Les tonnages importés sont supérieurs à la consommation, car le London Wool Exchange est un marché de laine brute pour l’Europe, quoique son rôle diminue. L’industrie lainière est en crise: la production est en chute libre (210 000 t de filés de laine en 1974, troisième rang mondial; 118 500 en 1991, huitième rang). On s’oriente vers une spécialisation dans la production de haute qualité (deux tiers de mérinos parmi les laines importées, développement des filés, tissus de laine peignée). Les exportations changent de caractère: exportation de filés à destination des pays en cours de développement et des produits de haute qualité vers les pays riches (Marché commun, États-Unis).

L’industrie cotonnière, plus tardive, est concentrée (85 p. 100) dans le Lancashire, la filature dans le Sud-Est et le tissage dans le Nord. Les fibres moyennes viennent surtout des États-Unis, mais on tend à développer la production des territoires africains liés au Commonwealth (Nigeria), tandis que l’Inde et le Pakistan fournissent les fibres courtes, et le Soudan et l’Égypte les plus longues et les plus soyeuses. Mais ces importations de matières premières sont en baisse. La concentration est un peu plus poussée que dans l’industrie de la laine et s’intensifie; l’organisation verticale plus fréquente englobe parfois la commercialisation. La régression est également massive: de 1938 à 1968, les effectifs avaient déjà diminué de 70 p. 100, et la production de 64 p. 100. La production de filés de coton est passée de 101 000 t en 1974 à 19 000 en 1991; en effet, la concurrence des nouveaux producteurs est agressive, et le Royaume-Uni se voit même envahi par les tissus à bon marché de l’Inde ou de Hong Kong (les importations de ces cotonnades lui coûtent un cinquième de ce que lui rapportent ses exportations). Les exportations ont baissé de 80 p. 100 par rapport à celles d’avant guerre. On privilégie les marchés du Commonwealth, qui absorbent 63 p. 100 des ventes. Cependant la production de filés et de tissus de coton mélangés augmente.

Parmi les industries secondaires en difficulté, on peut citer celle du jute (troisième rang dans le monde, concentration à Dundee, achat de fibres venant de la péninsule indienne), celle du lin (Irlande du Nord), de la soie naturelle.

Les fibres artificielles et synthétiques appartiennent plus au domaine de la chimie qu’à celui du textile traditionnel. Elles ont participé à la prospérité de cette branche et ont connu un grand essor: la production de textiles synthétiques a été multipliée par dix-huit entre 1955 et 1970. Mais, depuis 1974, les capacités de production ont été restructurées, ce qui a entraîné une réduction des effectifs. En 1980, on employait 17 600 personnes, soit 52 p. 100 de moins qu’en 1974. Le Royaume-Uni reste pourtant le quatrième producteur mondial de fibres discontinues. Ces industries sont extrêmement concentrées financièrement et techniquement; Courtaulds Ltd. and Co. et Imperial Chemical Industries (nylon, polyester) dominent le marché. Les usines de production de fibres sont modernes et gigantesques dans les Midlands, le sud du pays de Galles (Pontypool), le Yorkshire (Doncaster), le Lancashire (Preston, Liverpool), l’Écosse (région de Glasgow) et la région de Belfast. Les exportations sont importantes, surtout vers l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, mais, étant donné la variété et la nouveauté de ces fibres, les achats en provenance du Marché commun ou des États-Unis font que les échanges ne sont guère bénéficiaires.

Quant à la confection, qui emploie quelque 280 000 personnes, elle se localise principalement autour du Yorkshire (33 p. 100 de la production, dont Leeds est le centre), de Londres (28 p. 100) et du Lancashire (16 p. 100, produits essentiellement à Manchester); elle est réalisée en petits ateliers et doit faire de gros efforts pour conserver des exportations très réduites qui vont surtout vers le Commonwealth et les États-Unis.

Les industries métallurgiques

Les industries métallurgiques ont été également liées au développement de la puissance industrielle du pays; nées aussi d’un artisanat local ancien, elles ont tout d’abord trouvé sur place tous les éléments de leur croissance: les innovations techniques, le charbon, les minerais locaux, surtout celui de fer interstratifié avec les couches houillères, mais aussi un peu d’étain, de cuivre, de plomb, notamment en Cornouailles. Puis, produisant des tonnages croissants, elles ont dû importer, tandis que leurs marchés d’exportation s’ouvraient aux dimensions de la planète et que se multipliait la gamme de leur fabrication. Cette industrie complexe concentre 27 p. 100 du capital national, fournit 46 p. 100 de la valeur de la production industrielle, occupe 50 p. 100 des effectifs des travailleurs industriels (3 millions et demi de personnes, dont un cinquième de femmes); elle est répandue partout en raison de son ancienneté et de la diversité de ses fabrications: elle existe dans tous les bassins houillers et spécialement dans ceux où fer et charbon voisinent; elle s’est localisée dans les ports importateurs de minerai; enfin, par ses spécialités modernes de haute technicité, elle s’est intégrée aux industries urbaines. Elle rencontre actuellement de grandes difficultés qui touchent durement la population du Royaume-Uni étant donné sa large diffusion dans le pays.

La sidérurgie britannique a été marquée, ces dernières années, par une profonde restructuration. À l’origine de telles mesures, se trouve le retard de la productivité (en 1977, la British Steel Corporation ne produisait que 130 t d’acier par ouvrier et par an contre 225 en R.F.A. et 380 au Japon). Pourtant, la productivité avait été augmentée de 50 p. 100 depuis 1945. Mais l’ancienneté d’une grande partie des installations et les conséquences de la crise économique touchant les industries consommatrices d’acier se sont répercutées sur l’industrie nationalisée. Les plans de décembre 1979 et 1980 (à un échelon national mais également régional) ont limité la capacité de production des usines sidérurgiques de 21,5 Mt par an à 14,4 Mt, et ont supprimé des emplois après la fermeture totale ou partielle de certains établissements. Entre 1975 et 1981, la sidérurgie britannique a ainsi perdu 107 400 emplois, soit 47 p. 100 de ses effectifs: ceux-ci sont tombés à 55 000 personnes en 1989. La région la plus touchée a été le pays de Galles (53 950 emplois en 1978, 40 000 en 1980) et plus récemment la Teesside (3 800 emplois perdus). La carte des localisations de la sidérurgie a été totalement modifiée. La production d’acier est désormais concentrée (à l’exception des aciéries électriques) sur cinq usines intégrées: Ravenscraig (Écosse), Teesside, qui a la plus grande capacité (Nord), Scunthorpe (Yorkshire), Port Talbot et Llanwern (pays de Galles). La sidérurgie est ainsi devenue essentiellement littorale: les usines sont liées à des ports minéraliers et charbonniers. Les unités restantes ont été spécialisées: aciers spéciaux, barres (Sheffield), aciers galvanisés (pays de Galles), tubes (Corby), matériels pour l’exploitation pétrolière en mer du Nord... Les principales régions sidérurgiques sont le pays de Galles (30,5 p. 100 de la production nationale), Sheffield (22 p. 100), Scunthorpe (21,3 p. 100), Teesside (17,7 p. 100) et l’Écosse (8,5 p. 100). La production d’acier a atteint 16 619 000 t en 1991, soit 2,3 p. 100 de la production mondiale. Il s’agit à peu de choses près du niveau atteint en 1946. La production actuelle est limitée, face à un marché intérieur qui se réduit de plus en plus. Outre des ferrailles, 50 p. 100 de minerais nationaux sont utilisés, dont surtout les fameuses couches du Jurassique à l’est et au sud-est des Pennines, mais on doit importer des quantités de plus en plus grandes.

La sidérurgie avait déjà été nationalisée une première fois par l’Iron and Steel Act de 1949, qui a été pratiquement neutralisé dès 1953 et progressivement annulé. Le gouvernement travailliste a repris l’affaire et, le 22 mars 1967, a de nouveau nationalisé les quatorze plus grandes compagnies: celles-ci fournissent 90 p. 100 du tonnage d’acier et les deux tiers des revenus annuels; elles sont groupées au sein de la British Steel Corporation.

Pour la métallurgie des métaux non ferreux, le Royaume-Uni a occupé le troisième rang dans le monde. Les Midlands, le sud du pays de Galles, les ports et la région de Londres groupent les principaux foyers de production, sauf pour l’aluminium, qui est beaucoup plus dispersé. Le ravitaillement en matières premières est préoccupant. La British Aluminium Co. Ltd. qui domine l’industrie possède des mines dans le midi de la France, au Gh na, en Guyana, en Jamaïque; mais une grande partie est importée sous forme de métal élaboré, surtout du Canada, où les intérêts britanniques sont appréciables; la production aura mieux résisté à la crise que celle des autres métaux (293 500 t en 1991): production multipliée par neuf depuis 1946. Depuis 1970, trois usines d’aluminium de première fusion se sont implantées sur le littoral (Northumberland, Écosse, nord du pays de Galles). Par ailleurs, le Canada fournit aussi du plomb et du cuivre, l’Australie du plomb et du zinc, les États-Unis et l’Inde du plomb, l’Espagne du cuivre, la Malaisie, la Bolivie et le Nigeria de l’étain. La part du Commonwealth, dans la fourniture de l’ensemble des minerais métallurgiques ou même de certains métaux, apparaît donc forte et indispensable aux besoins des industries de transformation anglaises. Inversement, celles-ci vivent largement d’une exportation active et nécessaire au maintien de leur rythme de production, mais les ventes à l’étranger se font essentiellement sous forme de produits élaborés par la branche des constructions à base métallurgique.

Parmi celles-ci, les constructions navales occupent une place à part. À la fin du XIXe siècle, les chantiers construisaient un tonnage qui représentait 82 p. 100 du tonnage mondial annuellement lancé: effort nécessaire pour répondre aux besoins d’une flotte qui se voulait la première du monde et à la demande des acheteurs étrangers. Le Royaume-Uni a encore vendu environ un quart du tonnage construit entre 1945 et 1968. Mais, après des records de plus de 2 Mt, il est maintenant très largement distancé par de nombreux pays, dont le Japon, qui à lui seul représente la moitié du tonnage mondial. Avec 151 000 tonneaux de jauge brute lancés en 1991, le Royaume-Uni disparaît de la liste des dix principaux constructeurs mondiaux. Les constructions navales ont été nationalisées en 1977. Les plus gros chantiers se trouvaient sur la Clyde (40 p. 100), le long des estuaires de la région du Nord-Est (35 p. 100) et dans la région de Belfast, mais la plupart d’entre eux sont abandonnés.

Dans le domaine des transports non maritimes, la situation s’est également détériorée: 877 000 personnes fabriquent du matériel ferroviaire, des automobiles, des avions. À Glasgow, sur la Tyne, près de Manchester, à Leeds, on fabrique des locomotives et des wagons dont respectivement 10 et 50 p. 100 sont destinés à l’étranger et surtout à l’Inde, à l’Argentine, à certains territoires d’Afrique: une bonne partie de l’équipement ferroviaire du Tiers Monde est sortie des usines britanniques. Jusqu’en 1965, le Royaume-Uni fut le deuxième producteur mondial et le premier exportateur d’automobiles. La production avait été multipliée par huit depuis 1946; les effectifs employés avaient augmenté de 50 p. 100 depuis 1939. Le gouvernement a encouragé le groupement de la douzaine de firmes qui existaient au lendemain de la dernière guerre. L’union de Leyland et de B.M.C. donna naissance à la British Leyland Motor Company. Cette dernière a dû licencier 28 000 personnes en 1980 et développe actuellement une collaboration avec la firme japonaise Honda (construction d’une usine à Cowley). Les autres grands constructeurs, Ford, Rootes, Vauxhall et Chrysler, connaissent également des difficultés. L’intégration aux sociétés américaines est importante, puisque Vauxhall fait partie du groupe de la General Motors et que la Ford britannique est à 55 p. 100 pourvue de capitaux venant de Detroit. L’industrie automobile n’est plus qu’au dixième rang mondial (1 236 000 voitures de tourisme et 217 000 camions sont sortis des usines britanniques en 1991). De 30 à 40 p. 100 de la production sont exportés et ce pourcentage est en régression (moins 56 p. 100 depuis 1970). Les importations couvrent plus de la moitié du marché intérieur (en provenance surtout du Marché commun). L’industrie automobile se localise dans le Sud-Est (35 p. 100) et dans les Midlands (30 p. 100).

Dans le domaine de l’aviation, les effectifs avaient été fortement réduits, en fonction de la politique économique suivie dans les îles Britanniques ces trente dernières années, et la construction commerciale s’était défendue en implantant des filiales des sociétés d’aviation dans les pays du Commonwealth. L’industrie aéronautique a été nationalisée en 1977. La British Aircraft Corporation a conçu le Concorde avec Sud-Aviation et construit des satellites et des missiles. Depuis la crise, la firme s’oriente plutôt vers les avions militaires. La production est concentrée dans la région de Londres et dans l’ouest du pays (Bristol, Gloucester, Cardiff, Preston, Belfast).

Toute la gamme des constructions mécaniques présente les mêmes caractères: utilisation des produits de la métallurgie lourde; localisation des entreprises en fonction de la consommation britannique (machines agricoles dans l’Est et le Centre, machines textiles dans le Lancashire et le Yorkshire) ou des grands foyers industriels (machines-outils dans les Midlands, le Lancashire, le Yorkshire, les régions de Londres et de Glasgow); concentration en quelques grandes firmes (Massey-Ferguson et Ford pour les tracteurs: ces entreprises assurent 85 p. 100 de la production; pour le matériel de bureau, Remington); ces firmes sont accompagnées de nombreux petits producteurs souvent très spécialisés; recherches des perfectionnements techniques grâce à d’importants laboratoires (production de centrales nucléaires, équipement médical, scientifique, optique, construction d’aciéries); exportations massives aussi bien vers les pays les plus évolués que vers les régions en cours de développement (ainsi, les machines textiles vendues tant à la France ou à la Belgique qu’à l’Égypte ou à l’Amérique latine: elles ont contribué à l’équipement originel du Japon, de l’Inde, de la Chine ancienne); expansion continue et parfois rapide (capital investi triplé entre 1948 et 1957 pour les machines-outils). Actuellement, les machines-outils et les tracteurs constituent des marchés particulièrement dynamiques. La construction de plates-formes de forage pétrolier a connu une période de plein essor. Elle s’effectuait en Écosse (Midland Valley, Moray Firth). Les machines textiles sont désormais importées.

La haute technologie

À côté de ces secteurs en crise, d’autres activités progressent. Pour certaines, il s’agit de procédés nouveaux permettant d’améliorer le traitement de matières premières anciennes; pour d’autres, ce sont les applications de découvertes directement issues de l’association de plus en plus étroite entre la recherche scientifique et les applications pratiques. La chimie, et particulièrement la chimie fine et la pharmacie, correspond au premier groupe. Elle emploie plus de 550 000 personnes, et le groupe des produits pharmaceutiques est le seul à enregistrer une légère croissance annuelle. Ces productions utilisent aussi bien des importations massives de matières premières (soufre, pyrite, phosphate...) que des ressources locales, en particulier le charbon et le pétrole. Elles se sont beaucoup développées depuis 1950, et les pays de la zone sterling sont encore leurs principaux clients (Australie, Inde, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande) avec les pays du Marché commun. Elles occupent la cinquième place dans le monde. Elles sont fortement intégrées et possèdent des laboratoires puissants et un équipement moderne. Les activités traditionnelles (engrais, colorants) sont localisées dans la Teesside et le Lancashire méridional; le grand centre de l’industrie pharmaceutique demeure Nottingham. L’exploitation des hydrocarbures de la mer du Nord a encore stimulé la production. Les usines pétrochimiques sont en plein développement.

Le plus gros cartel a une importance mondiale: ce sont les Imperial Chemical Industries, fondées en 1926, qui constituent le groupe le plus puissant et le plus diversifié (pétrochimie, 18 p. 100; chimie générale, 16 p. 100; produits agricoles, 16 p. 100; plastiques, 14 p. 100; métaux et produits mécaniques, 13 p. 100; fibres textiles, 12 p. 100; explosifs industriels, 4 p. 100; produits pharmaceutiques, 4 p. 100). Par leur chiffre d’affaires, elles se classent au cinquante-sixième rang des grandes entreprises mondiales et au deuxième rang des sociétés britanniques. Autres caractéristiques des industries chimiques, la puissance de leurs ramifications financières nationales et internationales. Unilever est la plus connue: elle associe des capitaux néerlandais et britanniques. Une grande partie de l’industrie chimique du Commonwealth est directement fille de celle de la métropole. Des accords ont été conclus également avec les Américains et les Japonais.

Parmi les activités de haute technologie, il faut aussi mentionner les constructions électriques et électroniques. Celles-ci sont à la pointe des industries exportatrices, puisque la proportion des ventes est passée de un huitième avant guerre à un quart maintenant: pour l’électronique et certaines fabrications de haute technique, les États-Unis sont les principaux clients. Le gros matériel (générateurs, câbles) provient des pays noirs (Manchester, Tyneside...); les appareils ménagers, les postes de radio et de télévision, les ordinateurs sont fabriqués essentiellement dans le Grand Londres, dans l’ouest des Midlands (Rugby, Stafford) et dans les zones de développement (villes nouvelles d’Écosse). Si le marché de l’électroménager connaît des difficultés dues à une forte concurrence étrangère, le marché des ordinateurs se porte plutôt bien.

Industries diverses

On pourrait allonger ce tableau en mentionnant les industries alimentaires, qui occupent près de 700 000 personnes (dont 40 p. 100 de femmes) et, outre un marché national solide, jouissent d’une grande clientèle à l’exportation (whisky, cigarettes, biscuits, conserves et, plus récemment, produits surgelés). Les exportations vers la C.E.E. sont en plein essor. Ces industries alimentaires assurent 12 p. 100 du produit industriel net. Sur les vingt premiers groupes européens de l’agroalimentaire, treize sont britanniques.

Enfin 1 200 000 personnes sont employées dans les industries diverses (ciment, briques, poteries, papier, cuir, bois, verre, jouets, etc.) dont les caractéristiques dépendent à la fois de la taille des entreprises et du volume des exportations. Ces industries diverses participent pour 32 p. 100 au produit industriel net.

Les nouvelles tendances de l’industrie

L’industrie britannique, essentielle à la vie nationale, a commencé à éprouver des difficultés au lendemain de la Première Guerre mondiale. Ces difficultés étaient dues à la fois à la précocité de son développement et aux principes mêmes de sa croissance.

Pour essayer de remédier à certaines de ces difficultés, l’État a été conduit à assumer un rôle de plus en plus direct: il est intervenu dans la législation sur l’organisation des activités (contrôle d’environ 10 p. 100 des entreprises), le financement par l’intermédiaire de la Banque d’Angleterre, la répartition spatiale, la tendance à la concentration, le développement des associations de recherches, l’accroissement de la modernisation; par des droits de douane spéciaux, il a protégé certaines activités. Enfin, au lendemain de la guerre, les Nationalisation Acts s’appliquèrent aux mines de charbon, aux transports intérieurs, à la production et à la distribution du gaz et de l’électricité, à l’aviation civile, à la sidérurgie et à l’industrie atomique. Une deuxième vague de nationalisations se produisit à partir de 1971 et concerna l’industrie aéronautique, l’industrie automobile et les chantiers navals. L’État a également investi dans les sources d’énergie modernes, l’industrie chimique, les fibres synthétiques.

Soutenue également par les pouvoirs publics, la concentration des entreprises a fait des progrès incessants. La taille des établissements a crû parallèlement à la concentration financière des grandes sociétés. Le Royaume-Uni connaît cependant depuis quelques années une grande récession industrielle: 1980 a été l’année de la « débâcle industrielle ». La production est retombée à son niveau de 1975. Insuffisamment modernisée, faute des investissements nécessaires, l’industrie recule sur les marchés extérieurs: en 1952, elle assurait 23 p. 100 des exportations industrielles mondiales, contre moins de 6 p. 100 actuellement. Sur le marché intérieur, plus du quart des produits manufacturés sont désormais étrangers. La productivité est faible et, durant les trente dernières années, elle a augmenté deux fois moins vite qu’en R.F.A. et qu’en France. À l’exception des secteurs de l’électronique ou de l’armement, la quasi-totalité des grandes entreprises ont réduit leurs effectifs par dizaines de milliers et continuent de le faire. L’ampleur des restructurations s’est le plus fortement marquée dans la sidérurgie et l’automobile. Mais d’autres secteurs, comme le textile, l’habillement, ont également été atteints, touchés par la concurrence des nouveaux pays industriels. Au total, entre 1970 et 1981, l’industrie du Royaume-Uni a perdu 2 543 000 personnes.

Le chômage a ainsi très fortement augmenté en dépit d’une diminution de la population active. En 1982, le nombre des chômeurs a dépassé les 3 millions: un Britannique sur sept est chômeur, soit 12 p. 100 de la population active. De 1980 à 1982, le nombre de chômeurs a plus que doublé, alors que de 1945 à 1975 il était resté inférieur au million, avec un taux de chômage de l’ordre de 3 p. 100. Pour ranimer l’industrie, le gouvernement a accordé la priorité à la recherche-développement et aux technologies nouvelles. Ainsi, le long de la route M 4 qui court à l’ouest de Londres, se sont développées de petites entreprises de haute technologie, spécialisées en robotique, biotechnologie, électronique ou télécommunications. Ces industries s’installent aussi dans les villes nouvelles. L’accent est mis également sur les activités exportatrices vers les pays en voie de développement, telles les usines clé en main. On cherche aussi à attirer les investissements étrangers.

Le Royaume-Uni est le premier bénéficiaire des investissements américains (12 p. 100 des capitaux américains investis outre-mer); en Écosse, 8 p. 100 des emplois créés en dépendent, et en Irlande du Nord un nouvel emploi sur six. Ces filiales de sociétés américaines ont généralement une productivité supérieure aux usines proprement britanniques et des taux de profits plus élevés. L’apparition de l’investissement japonais en 1972 a donné naissance à une collaboration anglo-japonaise très active (centième contrat signé en 1989): automobile, électronique, chimie. Le pays de Galles a bénéficié de nombreuses implantations d’usines. Enfin, un processus de dénationalisation, destiné à relancer la productivité et la compétitivité, se dessine dans de grands secteurs stratégiques (aérospatiale, télécommunications), dans le transport aérien, routier, les ports et surtout l’énergie. Les industries restructurées forment un « noyau dur » où la productivité est élevée, et le potentiel d’amélioration des résultats important.

Les différentes mesures dans le domaine énergétique, tout comme la politique d’importation massive de certaines matières premières (minerai de fer de haute qualité) ou de certains demi-produits (aluminium) et la déconcentration des industries à partir de la région de Londres ont permis de donner à la répartition spatiale des foyers industriels une nouvelle physionomie. On se préoccupe de régénérer les vieux bassins houillers, qualifiés naguère de depressed areas , puis de development areas . On y crée des usines modernes d’industries dynamiques groupées souvent dans des industrial estates , dont le premier exemple fut, en 1937, Treforest (centre du pays de Galles) qui groupe maintenant une centaine d’entreprises employant plus de 10 000 personnes (teinturerie, verrerie, plastique, appareillage électrique, téléphonique, chaussures, verre) au sein même de l’ancien royaume exclusif du charbon et de la métallurgie lourde. Par les conséquences de la déconcentration industrielle et urbaine, des villes naguère réputées pour leur passé universitaire sont maintenant animées par d’autres activités: la construction automobile a changé la physionomie d’Oxford, les usines décentralisées de Glasgow ont vivifié Aberdeen et Dundee, tandis que celles de la région londonienne ont essaimé jusqu’au sud du pays de Galles, autour de Liverpool, et dans les bassins houillers du Nord-Est. Au même moment, la création de centres de raffinage de pétrole près des grands estuaires ou des grandes agglomérations, sur le bord des chenaux maritimes, a favorisé la dispersion de l’industrie chimique, tandis que les centrales nucléaires, réparties en des lieux relativement isolés, relayaient les pôles traditionnels de l’industrialisation.

Depuis 1970, le gouvernement anglais a mis en place un système d’aides au développement régional. Trois types de zones sont distingués: les zones spéciales de développement, les zones de développement et les zones intermédiaires. En 1982, les zones spéciales de développement ont été étendues. Elles correspondent aux régions les plus touchées par la restructuration – en particulier dans la sidérurgie – mais aussi à des zones rurales. Par contre, les zones de développement sont réduites: la partie orientale de l’Écosse, le nord de l’Angleterre, Yorkshire et Humberside, à l’exception des régions industrielles littorales, le centre du pays de Galles ne bénéficient plus d’aides. On se préoccupe également toujours de décentralisation industrielle. En effet, trois régions occupent encore à elles seules plus de 50 p. 100 de l’emploi industriel (le Sud-Est, le Nord-Ouest et l’ouest des Midlands). Le Sud-Est, avec Londres, compte le quart des effectifs, conséquence du Drift to the South qui a accentué les déséquilibres régionaux. Une nouvelle géographie de l’industrie se met en place dans le Royaume-Uni. Dans les grandes villes industrielles, comme Birmingham, Liverpool, Manchester ou Glasgow, des dizaines d’usines fermées accroissent la désolation du paysage, tandis que les industries nouvelles s’implantent sélectivement sur les zones industrielles des villes nouvelles. De même, on assiste au développement de nouveaux ensembles littoraux qui reçoivent l’industrie lourde: ainsi le littoral écossais en liaison avec le pétrole et le gaz de la mer du Nord; l’estuaire de la Tees (raffinage, pétrochimie, sidérurgie) et celui de la Humber (raffinage, chimie) sont revitalisés.

Les vicissitudes des activités primaires

Moins de 1 million de personnes travaillent dans les deux grandes activités primaires du Royaume-Uni: l’agriculture (650 000 personnes) et la pêche. Toutes deux sont indispensables à l’alimentation de la population, et toutes deux, insuffisantes, doivent être renforcées par des importations. Les conditions naturelles sont bien plus favorables à la seconde qu’à la première; pourtant, si l’agriculture ne fournit que 2,5 p. 100 du P.N.B., cela représente quand même dix fois plus que la pêche.

L’agriculture

Malgré la faiblesse des accidents du relief et la douceur généralisée du climat océanique, la latitude très septentrionale influe très défavorablement sur la production agricole; les sols sont souvent médiocres (en Angleterre, 48 p. 100 de bonnes terres; en Écosse, 21 p. 100 seulement); la fréquence et la force des vents, le manque d’insolation gênent la régularité des récoltes. L’Ouest, élevé, domaine des landes et des pâturages naturels, s’oppose à l’Est, plus abrité, où les cultures occupent la moitié des terres, tandis qu’au centre c’est le domaine de l’herbe vigoureuse et drue. Mais les différences sont aussi sensibles, bien que plus progressives, entre le Nord et le Sud, où floraisons et moissons ont six semaines à deux mois d’avance. À des conditions naturelles précaires, il faut ajouter l’effet des circonstances historiques et économiques: le mouvement des enclosures, qui au XVIIIe siècle vida les campagnes des petits paysans, favorisa la constitution des grands domaines et le sacrifice délibéré de l’agriculture au profit de l’industrie dans le troisième tiers du XIXe siècle. Depuis 1792, l’Angleterre n’a plus jamais produit assez de blé pour sa consommation. Après un effort au cours de la première moitié du XIXe siècle, le gouvernement trouva plus avantageux d’adopter le libre-échange, qui permettait aux matières premières et aux produits agricoles d’entrer librement sur le territoire britannique: cela porta un rude coup à l’agriculture nationale. Cependant, les alertes dues aux conséquences du blocus au cours des deux conflits mondiaux du XXe siècle ont incité les Britanniques à développer leur agriculture qui, en grand progrès, fournit maintenant plus des deux tiers des besoins alimentaires, notamment pour la viande, les laitages, les céréales et les légumes, même si le déficit reste grave pour le sucre, les corps gras et les fruits (satisfaction seulement d’un quart environ des besoins). L’espace cultivé britannique est de plus en plus limité par le développement de l’urbanisation. Au cours de la décennie 1968-1977, il a diminué de 331 000 ha, principalement en Angleterre et au pays de Galles (moins 261 000 ha).

L’agriculture britannique se caractérise par une taille relativement élevée des exploitations: 63 ha alors que la moyenne est de 20 ha pour l’Europe occidentale. Mais ce chiffre cache des inégalités régionales. Schématiquement, on peut dire que les plus petites exploitations se situent à l’ouest de l’île, et les plus grandes à l’est, dans les zones orientales de l’Écosse et de l’Angleterre. Cette moyenne a tendance à croître à mesure que diminuent le nombre des fermes et celui de la population active agricole; la proportion des salariés est élevée en Grande-Bretagne (deux tiers des actifs agricoles), mais faible en Irlande du Nord (un quart). Le fermage est très répandu, surtout en Angleterre septentrionale et centrale. La recherche de la rentabilité est très poussée, et l’exploitation avant tout gérée pour le profit, avec des méthodes commerciales modernes. L’agriculteur anglais se targue d’avoir toujours été à l’avant-garde du progrès technique: le nombre de tracteurs est encore le plus élevé du monde par hectare de terres cultivées; l’emploi des engrais est massif; les races sont soigneusement améliorées et contrôlées, de même que les semences; l’analyse généralisée des sols a permis d’adapter étroitement la nature des cultures ou de l’élevage aux dons naturels; on compte de nombreux types de fermes spécialisées dans une seule production (lait, viande, cultures maraîchères, élevage industriel de porcs et de volailles); beaucoup de laboratoires et de centres de recherches collaborent avec les ruraux et font de cette agriculture la plus scientifique du monde. Le rythme de l’assolement est devenu plus long et la pratique des rotations (cultures, prairies labourées) s’est généralisée. Les rotations tendent à être plus céréalières, sauf dans les régions de production de betteraves à sucre, et les cultures sont de plus en plus dissociées de l’élevage. Les rendements sont donc bons, et partout en accroissement; pour le blé, ils sont passés de 23 q/ha en 1934-1938 (quatrième rang en Europe) à 53 q/ha aujourd’hui. Au cours des dix dernières années, on a enregistré des progrès de 60 p. 100 pour le lait, de 50 p. 100 pour la volaille et de 30 p. 100 pour les céréales. Le Royaume-Uni est au troisième rang dans le Marché commun pour la production agricole.

La valeur de la production agricole est constituée essentiellement par les produits du troupeau (deux tiers du revenu agricole) qui utilise 70 p. 100 de la surface agricole, si on y ajoute celle des prairies temporaires. De 1939 à 1978, les prairies temporaires ont augmenté de 16 p. 100 (les labours de 53 p. 100) au détriment des prairies permanentes qui ne couvrent plus guère que le quart de la surface agricole utile (27 p. 100). On compte 11 800 000 têtes de bovins (43 p. 100 de plus qu’en 1946). Les races sont excellentes, avec un développement des races laitières spécialisées, représentant maintenant plus de la moitié du cheptel. Les races britanniques ont été remplacées par des races continentales. Seuls les berceaux de races (Ayrshire, Aberdeen-Angus, Hereford) conservent des troupeaux importants de races britanniques. Les ovins sont également en accroissement: 30 millions de têtes en 1991, soit un doublement du troupeau depuis 1946. La richesse et la qualité des races font qu’elles sont adaptées à toutes les formes d’élevage: libre pâture sur les hautes terres écossaises ou galloises, association de l’élevage des moutons et des bovins sur les pentes moyennes, économie mixte fondée sur le mouton et les céréales, surtout dans les fermes des côtes calcaires du Sud-Est, élevage intensif sur les riches alluvions du Romney Marsh. Si certaines races ovines sont spécialisées pour la viande, la plupart d’entre elles sont exploitées pour la production de laine, destinée à l’industrie nationale.

Que ce soit dans le domaine de l’élevage ou dans celui des cultures, les exploitations se spécialisent de plus en plus. Cependant, les spécialisations régionales ainsi que la dépendance par rapport au milieu physique s’atténuent. Les cultures céréalières de routine sont en régression marquée: le blé, qui couvrait 1 213 000 ha en 1876, en couvre 922 000 actuellement; au contraire, la surface en orge a presque doublé. Avec 14 Mt en moyenne, la production de blé est sept fois supérieure à celle de 1946; les progrès de l’orge avec 7,7 Mt sont plus modestes (huitième rang mondial avec 4,6 p. 100 de la production). Inversement, l’avoine est en régression (560 000 t). La production de betterave sucrière (7 800 000 t) a augmenté des deux tiers. Par contre, celle de pomme de terre a baissé de 41 p. 100 au cours des trente-cinq dernières années (6 Mt). D’autres cultures industrielles, comme le houblon, se maintiennent, alors que le lin a presque complètement disparu. Les fruits et légumes et les fleurs sont en pleine expansion, et la surface cultivée a quasiment doublé depuis 1939. Les cultures maraîchères prospèrent aux environs des villes et dans les Fens, mais on en trouve aussi dans le Sud et surtout en Cornouailles; les serres se multiplient (2 000 ha dans le Royaume-Uni). Le Kent est un véritable verger. On a recensé 70 000 exploitations spécialisées en horticulture.

L’État a toujours soutenu l’agriculture par ses subventions, ce qui a maintenu artificiellement des prix bas à la consommation. Mais ce système a été remis en cause par l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun et par l’application des règles communautaires. Les différends sont particulièrement nombreux avec la France (mouton, dinde, œufs, etc.).

La pêche

La pêche, au contraire de l’agriculture, est très favorisée par le milieu naturel. Cependant, après avoir stagné pendant près d’un demi-siècle, les prises ont diminué de plus de 27 p. 100 depuis 1974 (788 000 t en 1991) et la pêche ne couvre plus les besoins nationaux. Étant donné les progrès considérables accomplis par certains pays, la part des pêcheries britanniques est en nette régression: 5 p. 100 environ du total mondial vers 1930, moins de 1 p. 100 actuellement. Mais la valeur du poisson pêché est en meilleure place. Moins de 25 000 pêcheurs vivent de cette activité. Elle est assurée dans les eaux côtières par quelque 7 000 petits bateaux, souvent encore de type artisanal, répartis dans plus de cent cinquante ports, mais également par environ un millier de bateaux plus importants, bien équipés pour la grande pêche, qui représentent 54 p. 100 du tonnage. La capture industrielle du poisson se développe. Les activités artisanales et côtières résistent mieux que le grand chalutage qui a été affecté par la hausse rapide des coûts de production depuis 1973 et l’extension des zones de pêche exclusives des pays voisins à 200 milles. Les ports les plus importants sont situés sur la côte orientale; en tête se placent Hull, très modernisé, et Grimsby, qui assurent 40 p. 100 des prises, Aberdeen, qui occupe le quatrième rang, Yarmouth, Lowestoft; cependant, sur la côte occidentale se trouvent Fleetwood et, au sud, Plymouth. Quelques villes industrielles ou centres portuaires ajoutent aussi la pêche à leurs activités, ainsi Newhaven, Cardiff, Swansea, Milford Haven, Leith.

4. Le rayonnement international

Le Royaume-Uni doit à sa position maritime, à la longue et massive émigration de sa population, à l’activité de ses marins et de ses hommes d’affaires un rayonnement international. Largement intégré aux échanges internationaux, il conserve dans le monde, malgré maintes vicissitudes, une influence sans rapport avec son étendue. Les particularités de cette situation lui permettent de faire vivre une dense population sur un espace naturel médiocrement doué.

Un recul de la puissance maritime

La flotte marchande britannique, qui en 1913 représentait 46,5 p. 100 du tonnage mondial, en représente 6 p. 100 seulement en 1981. Avec 25 419 000 tonneaux de jauge brute, dont 57 p. 100 de pétroliers, elle est dépassée par le pavillon de complaisance libérien (un tonnage presque trois fois supérieur), la Grèce, le Japon et le Panamá. La crise de l’énergie a entraîné un recul du tonnage de 1973 à 1980. Ses chantiers navals, longtemps les premiers du monde, sont maintenant très largement distancés. Cette flotte dispose d’un tonnage jeune (24 p. 100 de moins de cinq ans). Elle est spécialisée dans les longs trajets où, très souvent, sa participation atteint 90 p. 100, trajets qui sont la vocation des tramps , appartenant à de petites sociétés. Trois consortiums de porte-conteneurs ont une puissance mondiale. Le tonnage de marchandises unitisées ne cesse de croître (système roll on ).

L’intensité de ce trafic maritime se marque par l’existence de nombreux grands ports, dont l’implantation a été favorisée par des estuaires particulièrement profonds et sûrs. Au cours des vingt dernières années, d’importants investissements ont été réalisés dans les ports. Des changements se sont produits dans le classement des ports britanniques. Il faut aussi y ajouter les effets de l’arrivée du pétrole de la mer du Nord. Le port le plus actif reste cependant celui de Londres où, en 1989, ont transité 54 Mt dont 23,5 Mt d’hydrocarbures. Le trafic est très déséquilibré puisque les entrées sont cinq fois plus importantes que les sorties. La prospérité reste liée aux grands marchés de produits étrangers (laine, étain, métaux rares) et s’apprécie plus en valeur qu’en poids. Les grands havres pétroliers ont pris au cours de ces dernières années un essor considérable et se classent tout de suite après Londres, éclipsant Liverpool, traditionnel deuxième. Il en est ainsi de Milford Haven (31 Mt de trafic presque exclusivement pétrolier, dont 18 Mt aux entrées, et 13 Mt aux sorties), des ports de la Tees, du Forth. Grimsby-Immingham se trouve au deuxième rang (37 590 000 t, dont les deux cinquièmes d’hydrocarbures); Southampton au quatrième rang; Liverpool, qui fut longtemps le deuxième port, n’est plus maintenant qu’au neuvième rang des tonnages, dépassé par Manchester, fort honorablement classé malgré sa situation à l’intérieur des terres. Le Royaume-Uni a perdu sa prééminence en Europe puisque Londres, qui était la première place portuaire, n’est désormais plus que la septième. La situation des ports reflète l’importance des découvertes d’hydrocarbures et des relations avec le Marché commun. Tous les principaux ports anglais actuels sont situés sur la côte qui fait face à l’Europe continentale.

Un commerce extérieur considérable

Le Royaume-Uni fut pendant longtemps le premier pays du monde pour la valeur du commerce international. Il ne représente plus maintenant que 6 p. 100 des échanges internationaux.

Les échanges ont toujours été déficitaires et, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la valeur des importations était presque deux fois supérieure à celle des exportations ; au cours des années soixante-dix, en raison de la détérioration du sterling sur le marché international et des difficultés de la situation du Royaume-Uni, l’équilibre de la balance commerciale était devenu sinon une nécessité, tout au moins un idéal. La découverte des réserves de pétrole en mer du Nord a fait de la livre une devise intéressante pour les investisseurs étrangers, et les achats importants de sterling ont fait monter la valeur de la monnaie sur les marchés des changes, ce qui a rendu les exportations plus chères et les importations comparativement meilleur marché à partir de 1977. En 1981, la balance commerciale a été exceptionnellement équilibrée, en raison de la politique nationale qui accentuait la récession et réduisait ainsi la consommation et les importations, et grâce aussi à l’impact des exportations du pétrole de la mer du Nord. Mais cette embellie n’a pas duré, et le déficit a repris en s’aggravant (14 milliards de livres en 1991).

Aux exportations, les produits manufacturés jouent, de loin, le premier rôle (76 p. 100 de la valeur des ventes en 1989), surtout les véhicules, les machines agricoles et industrielles, les métaux et les fabrications métalliques, les produits chimiques (13 p. 100), les machines électriques et les textiles. Les combustibles représentent 7,6 p. 100: il s’agit presque uniquement du pétrole. Les boissons et le tabac fournissent 4 p. 100, le whisky, à lui seul, 1,8 p. 100; les matières brutes n’occupent qu’une faible part (2,8 p. 100). Dans la statistique mondiale, le Royaume-Uni s’est longtemps classé au premier rang pour les exportations de véhicules routiers de type commercial, de tracteurs agricoles, de textiles de laine, d’aspirateurs et de machines à laver, de cycles, de caravanes, de kaolin, de pneus, de fil et de coton. Mais il a dû rétrograder dans bien des domaines. Aux importations, les produits manufacturés représentent désormais la plus grosse part (70 p. 100 de la valeur totale); les combustibles, 13,4 p. 100, surtout le pétrole; puis viennent les produits alimentaires, 12 p. 100, et les matières premières, 6,9 p. 100, parmi lesquelles les métaux figurent pour plus du quart et les fibres textiles pour 10 p. 100.

Même s’il a une extension mondiale, ce commerce se fait plus particulièrement avec un certain nombre de groupes de pays; mais, alors que vers 1955 le Commonwealth comptait encore pour les deux cinquièmes du commerce extérieur, il ne figure plus guère que pour 10 p. 100; au contraire, pendant la même période, le commerce avec l’Europe qui était de 14 p. 100 avec les pays du Marché commun et de 12 p. 100 avec les pays de la petite zone de libre-échange moins favorisée, a atteint 59 p. 100. La part croissante des pays du Marché commun dans les échanges avec le Royaume-Uni a expliqué l’insistance de ce dernier pour entrer dans le système. Ce qui fut fait en 1973 et a confirmé la réorientation du commerce britannique. Ces dernières années, les exportations agricoles à destination du Marché commun ont été multipliées par trois. Les échanges avec les États-Unis sont également en progrès, surtout en ce qui concerne les exportations. Ainsi, comme bien des pays industrialisés de l’Europe, le Royaume-Uni se trouve de plus en plus fortement lié par ses échanges avec les autres grands pays industriels de la planète.

La zone sterling et le Commonwealth

Par ses emprises commerciales et sa richesse financière, le Royaume-Uni occupe une forte situation dans le domaine international. Cela se traduit tout d’abord par l’existence de grandes sociétés à capitaux britanniques. Parmi les plus importantes, on peut citer une société pétrolière, British Petroleum, et une société chimique, Imperial Chemical Industries. Deux grands groupes sont à capitaux anglo-néerlandais: Royal Dutch Shell (pétrole) et Unilever (agroalimentaire). Les transports aériens dominés par la B.E.A. (British European Airways), dont la création date de 1946, fournissent un autre témoignage de cette emprise internationale.

La « zone sterling » a souvent été définie comme une espèce de club dont on peut sortir à tout instant; elle n’est que l’expression d’intérêts communs et traduit la survivance d’anciens courants d’échanges « accoutumés à suivre certaines routes, à trouver aussi dans la City le lieu optimum de leurs règlements de comptes » (J. de Sailly). On y trouve côte à côte d’anciennes colonies de la Couronne, des pays du Commonwealth, à l’exception du Canada, d’anciens membres de ce même Commonwealth et des pays totalement étrangers, comme certains territoires du Moyen-Orient et du golfe Persique. Le rôle du Royaume-Uni est exactement celui d’un banquier: une monnaie commune, utilisée pour payer les transactions à l’intérieur de cette zone, aussi bien qu’à l’extérieur; la capitalisation des rentrées de devises à Londres (sous forme de balance sterling) qui y sont mises en réserve. Mais la zone sterling s’affaiblit, ainsi que les réserves de devises: la livre représentait 33 p. 100 des réserves mondiales de devises à la fin des années cinquante et 1 p. 100 seulement en 1979.

Enfin, l’emprise financière se double également d’ententes politiques, formant ce que l’on a pu appeler « le plus vaste rassemblement volontaire d’États qui existe dans le monde «: le Commonwealth, qui groupe autour du Royaume-Uni vingt-sept États indépendants et leurs dépendances, soit environ un quart de la surface de la planète, abritant 600 millions d’habitants, soit plus d’un être humain sur huit. Si les liens politiques se sont bien atténués, les relations culturelles et commerciales restent fortes. Malgré ses difficultés, le Royaume-Uni conserve un rayonnement mondial et l’anglais s’impose toujours comme la première langue internationale.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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